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Marché illégal des objets de Pierre Jeanneret : rééditions, hommages, contrefaçons

2020 | 11 | 11

PLe mobilier de Pierre Jeanneret du projet Chandigarh est devenu l’un des objets de collection de design les plus recherchés au monde. Ce succès a créé un marché illégal massif opérant à plusieurs niveaux, chacun avec sa propre logique et ses propres méthodes. Certains fabricants ignorent complètement le droit d’auteur. D’autres exploitent les ambiguïtés juridiques et l’hypocrisie. Et puis il y a les contrefacteurs purs et simples qui produisent des faux. Ce sont des aspects à connaître avant de décider quelle direction vous convient le mieux. D’autant plus que tous les fournisseurs prétendent proposer des originaux. 1. Rééditions illégales ?
Des fournisseurs comme Srelle (Belgique), Phantom Hands (Irlande), Dimo (Irlande), Klarel (USA), et Objet Embassy (Hollande) et beaucoup d’autres inondent le marché avec du mobilier de Chandigarh, prétendant honorer l’héritage de Pierre Jeanneret. Mais voici ce qu’ils ne vous disent pas : les droits d’auteur de Jeanneret sont protégés jusqu’en 2037, et aucun de ces vendeurs ne dispose de licences. Leur défense ? L’atelier de Chandigarh était un effort collectif où tout le monde possédait tout ensemble, ils créent une histoire d’« approche de conception open source ». Cela semble démocratique, presque noble. Sauf que c’est complètement faux. Les droits d’auteur appartiennent aux auteurs réels, Pierre Jeanneret ou Le Corbusier. Ils n’appartiennent pas automatiquement aux chefs de projet ou aux architectes travaillant sous leur direction, comme Balkrishna Doshi. Prenez Eillie Chowdhary et la chaise Library, puisque c’est probablement sa conception, le droit d’auteur lui revient. Si elle avait réalisé la conception de Jeanneret, cela lui reviendrait. Mais tous ces fournisseurs opèrent comme si cette question n’avait pas d’importance, comme s’ils pouvaient la contourner entièrement en revendiquant une propriété collective et partagée. Ils travaillent sans permission, se cachant derrière une histoire romantique : que ces pièces existaient dans un vide juridique sans droits d’auteur parce que la propriété intellectuelle n’avait pas d’importance à l’époque, ou parce qu’ils utilisent des « techniques originales ». C’est une fiction pratique. Le droit d’auteur indien et occidental existe précisément pour protéger les droits de l’auteur et empêcher cela. Les chaises n’ont pas été abandonnées. Elles n’ont pas été oubliées. Le propriétaire de la succession de Jeanneret ne protège tout simplement pas les droits. Alors personne ne s’en soucie. Et la distribution illégale continue dans le monde entier, de la Belgique à l’Irlande aux USA à la Hollande, sans contrôle. 2. Cassina nomme les copies simplement hommages
Cassina possède les droits d’auteur de Le Corbusier. Ils ont passé des décennies à faire la publicité de leurs « originaux ». Ils ont construit un empire sur l’authenticité. Alors quand ils n’ont pas pu obtenir les droits du mobilier Chandigarh, ils ont fait quelque chose de remarquable : ils l’ont simplement copié et l’ont appelé « hommage ». C’est hautement problématique. Ils parlent d’hommage, d’honorer l’héritage de Jeanneret, évitant soigneusement de mentionner qu’il s’agit de Pierre Jeanneret. Mais comparez leurs hommages aux originaux : mêmes tailles, mêmes proportions, mêmes détails. Il n’y a aucune différence essentielle. Ce ne sont pas des interprétations. Ce sont des reproductions. La même entreprise qui traque agressivement les fournisseurs violant les droits d’auteur de Le Corbusier prétend maintenant que les règles ne s’appliquent pas lorsque c’est profitable. Ils ont trouvé une faille lucrative : si vous ne pouvez pas obtenir les droits, rebaptisez simplement l’appropriation en respect. 3. Fraude : de nouvelles chaises vendues comme des originaux vintage
Tandis qu’un marché se concentre sur les nouveaux objets, il existe un autre marché de galeries et de vendeurs vintage qui proposent de vieux objets authentiques de Pierre Jeanneret. Comme ce sont des objets précieux, il existe des fraudes, qui tentent d’offrir du mobilier flambant neuf artificiellement vieilli et vendu comme originaux des années 1950-1960, ce qui relève moins de la violation du droit d’auteur que de la fraude criminelle. Le marché est assez innovant. La vente d‘objets neufs comme vintage est un délit pénal et punissable de prison dans l’UE/USA en vertu des lois sur la fraude. Mais il existe des fraudes plus subtiles, où des pièces endommagées ont été remplacées mais pas correctement documentées. On fait comme si chaque pièce était d’origine et datant du milieu du siècle, et on évite cette partie. Les galeries ou vendeurs vintage agissent ici comme s’ils ne savaient pas ou faisaient semblant, mais ne pas savoir ne les protège pas contre l’accusation de fraude. Tout cela n’est pas contraire à l’éthique ; c’est criminel. 4. Originaux vintage
Les chaises vintage de la période Chandigarh sont l’option la plus authentique qui soit. Contrairement aux rééditions ou copies, ce sont de véritables objets historiques avec une valeur intrinsèque. Alors que les reproductions perdent de la valeur immédiatement après l’achat, les pièces vintage maintiennent ou augmentent leur valeur au fil du temps. Chaque objet vintage de Chandigarh est unique. Il n’y a pas deux chaises qui se ressemblent, et cette individualité leur donne une aura que les objets produits en masse ne peuvent tout simplement pas reproduire. La plupart des rééditions paraissent stériles, avec leurs formes parfaites, leurs surfaces de bois impeccables. Les pièces vintage ont de la patine, des traces d’utilisation et des distorsions subtiles qui racontent leur histoire. Si vous privilégiez la perfection technique, ces objets authentiques avec leurs imperfections ne vous conviendront pas. Le prix est un autre facteur à prendre en compte. Une chaise de bureau vintage en rotin flottant (lien vers notre PJ-SI-28-A) coûte deux à trois fois plus qu’une réédition. Pour les projets à grande échelle comme les hôtels, le prix inférieur des reproductions semble pratique, mais cela ne tient pas compte du fait que les pièces vintage s’apprécient tandis que les copies se déprécient. Cependant, même le marché vintage comporte des risques. Vous pourriez payer des prix premium pour un faux ou une pièce fortement restaurée avec des éléments remplacés. Le succès nécessite soit une expertise pour authentifier les pièces vous-même, soit trouver une galerie avec une réputation éprouvée. Comment décider ?
Choisir ne consiste pas seulement à comparer les options. Il y a des questions plus profondes qui valent la peine d’être considérées. La question éthique
Est-il important de protéger les droits de l’auteur ? Puisque Pierre Jeanneret est mort, la protection du droit d’auteur profite au titulaire des droits, pas au créateur lui-même. Ignorer les droits d’auteur n’est pas éthique, mais le préjudice causé peut sembler négligeable. Il est souvent considéré comme un délit mineur, et une certaine mentalité à la Robin des Bois peut en faciliter la justification. Chaque fournisseur a une histoire morale à raconter : protéger le patrimoine, respecter la vision de Chandigarh, honorer les techniques originales, soutenir les menuisiers talentueux. Ces stratégies marketing contournent habilement la question du droit d’auteur. Mais la question demeure : le droit d’auteur est-il toujours quelque chose que nous devrions respecter, ou est-ce un obstacle créant un monopole qui empêche le design humble d’être apprécié par les personnes avec des budgets plus modestes ? Cela dépend beaucoup de votre perspective. La question de la valeur
Certains voient ces chaises comme des investissements, certains comme des objets de collection, certains ne se soucient que de l’authenticité. Mais si le budget est votre priorité, alors une réédition devient une option légitime, un moyen de se permettre un objet que vous aimez sans vous ruiner. Au final, tout est question de priorités. Qu’est-ce qui compte le plus pour vous : la clarté juridique, la valeur d’investissement, l’âme esthétique, ou simplement le prix abordable ? Il n’y a pas de réponse universelle. Comprenez simplement ce que vous achetez, ce que vous soutenez, et quels compromis vous faites. La question du prix :
La question du prix : certains considèrent ces chaises comme des investissements, d’autres comme des objets de collection, d’autres encore se soucient uniquement de l’authenticité. Mais si votre priorité est le budget, alors une réédition devient une option tout à fait valable : un moyen de vous offrir un objet que vous aimez sans vous ruiner. Au final, tout est une question de priorités. Qu’est-ce qui compte le plus pour vous : la clarté juridique, la valeur d’investissement, l’âme esthétique ou simplement le prix abordable ? Il n’y a pas de réponse universelle. Il suffit de comprendre ce que vous achetez, ce que vous soutenez et quels compromis vous faites. Back